Lady Gaga s’offre le Stade de France

Lady Gaga c’est un peu Mardi gras. Dans les allées du stade de Twickenham, il y a quinze jours à Londres, le spectacle est d’abord dans le public. Des demoiselles portent des talons insensés, leurs voisines sont déguisées en Wonder Woman, des dames d’un certain âge se promènent en tutus roses. Une pin-up est ornée d’un téléphone en guise de barrette, une autre a des canettes de soda pour bigoudis, clin d’œil à l’un des clips de la star.

Tout est possible avec la chanteuse américaine, de son vrai nom Stefani Germanotta, 26 ans, qui s’attaque ce soir au Stade de France. Déjà. En à peine deux albums et cinq années de carrière. Sur l’immense scène de Twickenham, elle se plaît à le répéter : « Je suis ni une femme ni un homme, je suis vous. » Cette créature qui semble parfois irréelle ne serait donc qu’une jeune femme ordinaire devenue star pas comme les autres. C’est le credo de l’Américaine qui surnomme ses fans les « little monsters », (les petits monstres), façon bienveillante d’accueillir toutes les différences : homosexuels, hétéros, gros, maigres, moches, beaux, névrosés.

Au milieu de ce grand barnum, elle parvient à créer une proximité avec le public

Bienvenue dans le monde de Lady Gaga, qui règne en maîtresse sur son royaume, avec un immense château en guise de décor. Son show commence par une déambulation de la chanteuse, princesse masquée, à cheval, marchant sur l’avant-scène, au cœur du public. Une première entrée en matière alors qu’en hologramme, perché sur un diamant géant, apparaît un étrange visage, mélange du sien et de la sorcière de « Blanche-Neige ». Ce personnage pose le décor du show et raconte : Lady Gaga se serait échappée du château pour créer une nouvelle race, loin de tout conformisme.

La chanteuse réapparaît en costume sadomaso pour « Government Hooker », se fait caresser l’entrejambe par l’un de ses danseurs avant de ressurgir d’un vagin géant qui accouche aussi des autres membres de sa troupe, le temps de son tube « Born This Way ». N’en jetez plus. Justement, contrairement à sa précédente tournée où la chanteuse multipliait les effets, les vidéos sur les écrans, son show se concentre sur des chorégraphies basiques et des changements de costumes excentriques.

Montée sur roulettes, elle enfile une robe mariage pour « Bloody Mary », se prend pour la statue de la liberté sur « Love Game », revient avec un chapeau champignon le temps de « Fashion of His Love » ou une mitraillette à travers « Judas ». Dans ce registre, Lady Gaga ne recule devant rien, ose même se transformer en femme-moto, comme sur la pochette de son dernier album, pour interpréter « Heavy Metal Lover ». Pendant tous ses numéros de grand-guignol, la chanteuse semble réellement donner de la voix en direct. Le doute n’est plus permis quand elle se met au piano pour reprendre « Imagine » de Lennon et « Hair », où là, elle fait ce qu’elle a « toujours fait depuis l’âge de 11 ans », jouer, chanter. Au milieu de ce grand barnum, Lady Gaga parvient à créer une proximité avec le public. Elle parle beaucoup, commente les cadeaux qu’elle reçoit des premiers rangs, chante « Happy Birthday » à une fan, fait monter des spectateurs sur scène en fin de concert. Son show peut incontestablement compter sur ses immenses tubes comme « Telephone », « Paparazzi », « The Edge of Glory ». Mais quand la star défend des chansons moins emblématiques, le concert en manque de grand spectacle semble perdu dans l’immensité des lieux. Pas de quoi être complètement baba face à Gaga.

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